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Témoignage – Munkamba, la beauté mythique d’un lac

Le lac Munkamba est un endroit idyllique du Kasaï, situé sur la frontière des deux provinces, à égale distance des deux capitales régionales. Mais, comme toute beauté il faut le mériter ; les routes pour s’y rendre sont déplorables : Au départ il y a des restes de macadam, puis plus rien, des pistes trouées de partout, avec des ensablements possibles à chacun des 100 km.

C’est déjà toute une parabole de la vie spirituelle.
Mais une fois arrivé on oublie tout et on apprécie une eau pure dans un paysage doux de savane boisée. Le soleil levant y est splendide et les photos magnifiques, lorsqu’on peut surprendre les petits pêcheurs (ou pécheurs pour continuer la parabole) sur leur radeau de fortune au petit matin.

Métaphore de Dieu

Dans la nuit obscure un vent de surface ou un bouillonnement venu des profondeur (disent les traditions locales) purifient le lac de tout déchet, systématiquement rejeté au dehors. Les Kasaïens ont une préface (prière de louange) propre pour les messes des grandes occasions. Dans ce texte il y est fait allusion au lac Munkamba, comme une métaphore de Dieu, car les eaux du lac sont d’une très grande pureté.

Cette louange fait donc le pont entre une expérience physique (la pureté et l’autopurification d’un lac) avec un credo spirituel : Dieu est tellement pur et saint qu’il refoule, depuis les forces de ses profondeurs, ou par son Souffle de surface, toute impureté. Cette façon très africaine de faire de la théologie me nourrit et m’impressionne.

Symbolisme mythique

La semaine dernière, Joseph et Nicolas étant encore pour peu de temps à Kin, André et moi avons vécu une magnifique excursion au Lac Munkamba. Comme la sœur supérieure des bénédictines était manifestement un peu trop fatiguée, notre communauté en bonne voisine lui a offert un séjour de repos, à l’occasion de la Saint-Benoît, son patron, patron du monastère et de l’Ordre. Elle a choisi la maison de villégiature des Pères du Cœur de Marie (Scheut) au bord de ce lac mythique du Kasaï. Nous avons donc affrété la voiture des Carmélites de saint Joseph. Et en joyeux équipage intercommunautaire, nous sommes partis vers le Lac.

Le Lac Munkamba est cher au cœur des Kasaïens car chargé d’histoire, de beauté et de symbolisme mythique. Un peu comme le Lac des Quatre Cantons, en Suisse ! Il se trouve à 100 km de Kananga au cœur du Kasaï à mi-chemin entre les deux capitales et fait frontière entre les deux provinces (Kasaï occidental et oriental). L’endroit est effectivement de toute beauté. Et les Pères ont réhabilité une maison pour en faire une sorte de pension à l’accueil et au confort plus que convenables.

Le mythe


L’histoire du lac est mythique. On raconte que « jadis » des enfants de la région cherchant des fruits sauvages eurent soif et tapèrent du pied pour manifester leur désir d’eau. La terre nourrissière s’est fâchée de ce comportement et a fait jaillir un tel flot que les enfants et leurs villages ont été engloutis. Les rares survivants se sont enfuis et établis dans une autre région. Le lac a une forme très étonnante : les gens disent que cette forme est celle d’un homme couché avec tête et membres.

L’histoire

Dès la colonisation les Européens ont occupé les rives du lac qui étaient un long chapelet des villas et villégiatures. L’archevêque lui-même y avait une résidence. C’est d’ailleurs cette maison que les Pères ont transformé en maison d’accueil et de repos. Au moment de la décolonisation, les Belges, dans des manœuvres qui ne sont pas à leur honneur, ont essayé de diviser la population kasaïenne pour tenir en sous-main leur influence malgré leur départ. C’est au bord du Lac Munkamba que les Kasaïens orientaux et occidentaux se sont rencontrés pour affirmer leur unité malgré les tensions qui ont toujours existé entre les deux parties de la région. Le Lac est resté longtemps un lieu paradisiaque et des projets de développement touristiques ont été menés à bien. 

Malheureusement durant la guerre civile de la fin des années 1990, les rives ont été ravagées et pillées par les soldats en déroute. Beaucoup de villas ou des complexes d’accueil ont été abandonnées par des propriétaires découragés et sont restées dans cet état. Mais il me semble que le potentiel de développement touristique de ce bijou géologique est réel, si tant est que les infrastructures de routes et autres puissent se développer. Ce qui n’est actuellement pas le cas. On met 2h30 pour faire 100 km sur la grand-route interprovinciale, qui est en fait une piste sablonneuse !

Entre le mythe et la réalité

Les eaux du lac sont particulièrement pures, et ses bords sont en sable fin. Il semble que c’est par une géologie sousterraine que les eaux se régénèrent naturellement. Les eaux rejettent naturellement (ou surnaturellement) tout ce qui est déchet ou mort.

Les poissons y sont nombreux mais ont tous une grandeur standard à maturité. Les pécheurs sont nombreux, parcourant le lac avec de petits radeaux faits de trois troncs. Les enfants du lieu marchent sur les rives avec des filets pour recueillir des petits poissons. Ce qui donne de magnifiques photos au soleil levant.

Tout ceci crée une forte charge spirituelle. André me racontait qu’on avait composé une préface (prière de la messe) propre à l’Eglise catholique du Kasaï, qui parlait de la sainteté de Dieu avec l’image de la pureté du Lac Munkamba. Comme ce lac aux eaux très pures, Dieu est saint, lui qui régénère continuellement sa vie, communique sa pureté et rejette tout ce qui est impur hors de sa vivante intimité… 

Guy LUISIER

Prêtre catholique de l’Abbaye de Saint-Maurice en Suisse. 

(Tiré de https://unecollineaucongo.blogspot.com)